Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours eu peur des chiens, mais jamais des insectes.
L’être humain de base est lui constitué différemment, le chien étant le meilleur ami de l’homme, tandis que tout ce qui grouille doit être inlassablement écrasé.
Que va-t-il en être dans cette confrontation entre :
La MZ « beetle juice » 1000 SF
contre
La Yamaha « Bouge Toi » 1100 Bulldog
Ces 2 motos ont une chose fondamentale en commun : elles ont tout à prouver.
D’un côté, la MZ.
Elle a pour elle l’exotisme d’une machine peu diffusée, mais sa robe n’est pas signée par un grand designer dont le nom finit en « i » … et pourtant, quand on la détaille, beaucoup de belles pièces la composent.
Tiens, les jantes par exemple : vous avez remarqué qu’elles sont creuses pour gagner sur le poids non suspendu ?
Et la molette de réglage de l’amorto ? Difficile de faire plus pratique…
Tiens, et les crochets rétractables ? Malin pour les accros du sandow comme moi…
Et pis y a ce moulin… parlons en un peu, vu que çà doit être le plus gros vertical twin commercialisé actuellement… La prouesse technique est d’autant plus forte, quand on sait que MZ (Motorrad und Zweiradwerk GmbH, devenu MuZ dans les 90’s, puis redevenu MZ par la suite), c’est avant tout des petites cylindrées 2 temps (ETZ…) et plus récemment des 125 4 temps…
Alors que la greffe des monos Yam 660, sous forme de roadster (skorpion tour), trail (baghira), SM (mastiff) et sportive (skorpion sport) refusait de prendre… l’usine est-allemande s’entête et veut produire sa propre grosse cylindrée…
… qui prend la forme de ce bloc assez compact, calé à 180° (vs 360° pour une Béhème 800 et 270° pour une TRX), et pensé avant tout pour faciliter les interventions mécaniques, comme la distribution soit-disant simplifiée avec un système mixte chaîne / engrenages (d’après ce que j’ai compris du mécano qui réglait la machine du regretté Thierry Rogier), le réservoir à bascule, la boîte de vitesses extractible, etc...
Et alors ? Bah si pour vous, comme pour moi, techniquement, çà n’évoque pas grand-chose, vous allez mieux comprendre en regardant les desideratas du carnet d’entretien : - tous les 10.000 kms : révision simple, vidange, nettoyage filtre à air, éventuellement 2 bougies, - tous les 40.000 kms (oui oui !) : réglages soupapes et contrôle/tension distrib !
C’est plus causant non ?
Bon par contre, pendant qu’on parle entretien… parlons réseau…
MZ est distribué par Euromotor en France, également dealer de PGO (gné ?), CFMoto (re-gné ?) et autres quads & buggys… Ce qui implique des bouclards spécialisés dans la vente de 50 cc… sauf exception comme Performances Motos (92) ou Trophy (94)…
Y a un avantage : la MO est souvent moins chère dans les boutiques pour boutonneux abonnés à Mobshop.
Et un inconvénient : sans remettre en cause la capacité d’un mécano à monter du kit Polini à tour de bras toute la journée sur des trapanelles fluo… est-ce qu’il sera capable de détecter une panne de sonde lambda ou de refaire un réglage injection sur un twin de 1000 cc ?
Des motos caractérielles peu diffusées, un réseau disons… parcellaire, une image à construire… çà vous rappelle rien ? Moi, si… MZ, c’est un peu le Voxan teuton… Et çà, çà suffit à faire froid dans le dos…
Revenons à la Bulldog.
Comme je l’ai déjà dit, la BT est déjà bien contente d’avoir terrassé, même par forfait, la tromph… Mais il lui reste ici à prouver le bien fondé de sa place en demi finale.
Le motard moyen - motardus t’as pensé à un SVus - croit savoir d’elle qu’elle a le caractère d’une barbe à papa et une finition flatteuse, si j’en crois les journaux.
Et bien parlons-en de la finition.
Une fois bien en selle (souvent en selle confort/perso, car une des maladies congénitales de la Bulldog est d’avoir une selle autodéchirable), on se penche sur le bloc compteur…
Mais qui est l’âne bâté qui a nettoyé ce compteur avec une spontex ????
Bah personne en fait, renseignement pris… çà aussi, çà fait partie des défauts de la Bulldog…
Bon, ne nous arrêtons pas là et prenons la route.
Une fois le caprice de la batterie passé (non, je ne suis pas mou du doigt), on déambule l’esprit léger au guidon de la Bulldog au son des grosses gamelles.
Cette sensation, je ne l’ai ressenti qu’une fois, et c’était au guidon de la sportster 883 de didaz…
D’ailleurs, les similitudes ne s’arrêtent pas là. Il y a quelque chose dans ce moteur qui rappelle le bloc de Milwaukee.
Déjà, l’inertie monstrueuse. A l’arrêt : mettez un coup de gaz... allez ouvrir le portail... allez embrasser votre chère et tendre... passez un coup de fil à mémé pour savoir si la purée de 11h30 était bonne... mettez votre casque... vos gants... remontez sur la moto et constatez : L’aiguille du compte tours n’a pas encore eu le temps de redescendre au ralenti.
Ensuite, le ressenti du coup de piston. Que ce soit en reprenant à 1500 tr/m (ce dont ce bloc est capable), ou en tordant la poignée à 4000 tr/m, on jurerait sentir chaque mouvement des gamelles de presque 10 cms de diamètre.
Enfin, le frein moteur. Encore plus important que sur une Buell XB12, il suffit à lui seul à dispenser de l’usage des freins en usage balade…
Alors, ce moulin ? Et bien moi je le trouve sympa, très sympa même.
Le seul reproche qu’on peut lui faire, c’est sa principale qualité : il tire court.
Il est vaillant de 1500 à 4000 (comme la 883) et expressif de 4000 à 6500 tr/m (là ou la HD s’effondre). Mais là, à 6500 tr/m, rideau… pfiout, fini. Soit 170/180 en 5ème.
C’est pour que çà que je comprend que les habitués des moulins qui allongent ou des chiottes en plastique avec un bouton ON/OFF en guise de poignée d’accélérateur ne la comprennent pas.
Les Bulldog rules, c’est éviter les grands bouts droits, se caler à 4000 tr/m sur le bon rapport et attendre le bon moment pour envoyer la purée dans un grondement bien gras, et dans ces conditions, je vous le confirme : cette moto est éminemment sympathique.
Sur terrain glissant, il faut même y réfléchir à 2 fois avant d’ouvrir… J’ai d’ailleurs réussi à me faire deux frayeurs sur cette même portion boisée et grasse à l’aller (une bonne sucette en 2nde) et au retour (blocage de l’avant sur un freinage moyen) :
Par contre, rien à faire sur la plage de régime hyper courte… et le fait de se retrouver déjà en limite de zone rouge alors qu’on est encore au milieu d’un virage peut vite faire enrager…
C’est le paradoxe de cette moto pensée pour les calmes, mais qui donnent envie aux autres qu’elle soit plus virile… Personne n’a jamais essayée de taper une VX800 ou une Nevada 750… alors que les prépas de Bulldog à différents niveaux est chose commune… et oui, les délinquants routiers ne roulent pas tous avec 170 ch entre les pattes…
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Derrière, la MZ hoquette, le rythme imposé par Bubul est trop lent, elle est obligée de rester sur les premiers rapports pour ne pas passer sous 3000 tr/m et transformer la balade en pilonnage sévère, et du coup, c’est le poignet du pilote qui trinque avec l’embrayage dur, alors que les rapports eux verrouillent impeccablement.
La MZ n’aime pas rouler au pas ou à faible allure stabilisée… ce qu’elle aime, c’est envoyer, toujours envoyer… et comme la partie cycle ne demande que çà, pourquoi se priverait-on ?
Toujours ses deux coups de feu qui vous propulsent en avant à 4000 et 7000 tr/m, comme le ferait un avion de chasse qui prend 2 fois le mur du son… Toujours cette partie cycle qui permet un feeling parfait entre rigidité et confort… stabilité et agilité…
Et dans ces moments là, on oublie les vibrations rebelles, le fait d’avoir une moto invendable, le regard rieur des collègues « une quoi ? une MZ ? », ou la quasi absence de retour de fiabilité… Ne reste que le bonheur d’être assis sur un cafard géant avide d’avaler du bitume en empêchant son pilote de s’endormir…
Attention tout de même à garder un œil sur le compteur, qui, s’il flatte l’ego de certains en affichant 300 km/h, n’est pas très lisible finalement à cause de ses graduations tous les 30 km/h… je me suis d’ailleurs fait piéger en pensant rouler à 50 alors que le compteur indiquait 90…
Le compteur électronique de la Bulldog, lui, qu’on croirait emprunté au VTT de mon petit neveu, me fait le coup de la panne et se met à clignoter… problème ponctuel ?
Encore une fois, j’ai du mal a trouvé une raison objective à cette domination… C’est là, dans mes tripes… c’est la moto qui te donne envie de régler le réveil à 4h du matin pour enquiller des bornes et voir le lever du jour au pied des Settons, avec 8 litres de bave dans la bouche tant on sait qu’on s’apprête à passer un moment inoubliable…
C’est çà la MZ, de l’irrationnel.
Victoire MZ donc, que l’on retrouvera en finale pour une dernière bataille… où elle devra quand même me rassurer sur son bien fondé… et puisque je n’ai pas trouvé de communauté MZ en France, vous ferez connaissance avec les équivalents germains de Sanson et Vert, j’ai nommé Zanzon et Grün qui sévissent sur les forums allemands…
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